Les principaux titres de séjour en Suisse
En Suisse, toute personne étrangère séjournant plus de trois mois sur le territoire doit être titulaire d'une autorisation de séjour délivrée par les autorités cantonales compétentes. Les conditions à remplir dépendent de la nationalité, de la durée et du but du séjour. La loi fédérale sur les étrangers et l'intégration (LEI, RS 142.20) et l'Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) constituent les deux piliers du droit des migrations en Suisse.
Grâce à l'accord sur la libre circulation des personnes, l'entrée et le séjour en Suisse des ressortissants des pays de l'UE/AELE sont largement facilités. Les dispositions sont plus restrictives pour les personnes venant d'autres pays (États tiers).
| Permis | Désignation officielle | Durée de validité | Public visé |
|---|---|---|---|
| L | Autorisation de courte durée | Durée du contrat (max. 1 an, renouvelable) | Travailleurs temporaires, formations courtes |
| B | Autorisation de séjour | 5 ans (UE/AELE) / 1 an renouvelable (États tiers) | Travailleurs longue durée, regroupement familial, étudiants, retraités |
| C | Autorisation d'établissement | Illimitée (délai de contrôle tous les 5 ans) | Résidents de longue durée (5 à 10 ans selon nationalité) |
| G | Autorisation frontalière | Jusqu'à 5 ans (UE/AELE) / durée du contrat (États tiers) | Frontaliers résidant à l'étranger et travaillant en Suisse |
| F | Admission provisoire | Renouvelée annuellement | Personnes dont le renvoi est illicite, inexigible ou impossible |
| N | Autorisation requérant d'asile | Durée de la procédure d'asile | Demandeurs d'asile en cours de procédure |
| Ci | Livret pour conjoint de fonctionnaire international | Variable | Conjoints/enfants de fonctionnaires internationaux accrédités |
Permis L — Autorisation de courte durée
Le permis L est délivré pour un séjour temporaire de durée limitée, généralement lié à un but précis comme un emploi de courte durée ou une formation. Selon l'art. 32 LEI, l'autorisation de courte durée est délivrée pour un séjour de durée limitée et peut être assortie de conditions. Pour les ressortissants de l'UE/AELE, le permis L est délivré pour des contrats de travail de moins d'un an, conformément à l'Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP). Sa durée correspond à celle du contrat de travail. Il peut être renouvelé sous certaines conditions.
Permis B — Autorisation de séjour
Le permis B est l'autorisation de séjour ordinaire. Il est délivré pour un séjour de longue durée lié à un but déterminé : travail, regroupement familial, études ou retraite. L'art. 33 LEI prévoit que l'autorisation de séjour est délivrée pour un séjour de plus d'un an. Pour les ressortissants de l'UE/AELE, le permis B est délivré pour cinq ans et renouvelé automatiquement si les conditions sont remplies. Pour les ressortissants d'États tiers, la durée est généralement d'un an, renouvelable. Le renouvellement n'est pas automatique et dépend du respect des conditions initiales.
Permis C — Autorisation d'établissement
Le permis C est le permis le plus stable. L'art. 34 LEI prévoit que l'autorisation d'établissement est octroyée pour une durée indéterminée et sans conditions. Son obtention suppose en principe un séjour régulier et ininterrompu de dix ans en Suisse, dont les cinq dernières années au bénéfice d'une autorisation de séjour (art. 34 al. 2 LEI). Pour certaines nationalités et dans certains cas (intégration réussie), le délai peut être réduit à cinq ans (art. 34 al. 4 LEI). Le titulaire d'un permis C jouit d'une grande liberté : il peut changer d'emploi, de canton et d'activité sans autorisation.
Permis G — Autorisation frontalière
Le permis G est destiné aux ressortissants de l'Union européenne (UE/AELE) qui résident dans un pays limitrophe (France, Allemagne, Italie, Autriche) et travaillent en Suisse sans y résider en permanence. Ce permis permet d'exercer une activité lucrative en Suisse tout en continuant à vivre dans son pays de résidence, à condition de rentrer à domicile au moins une fois par semaine.
Permis F — Admission provisoire
Le permis F est accordé aux personnes dont la demande d'asile a été rejetée mais dont le renvoi est illicite, inexigible ou techniquement impossible (art. 83 LEI). Il ne s'agit pas d'un véritable permis de séjour mais d'un statut provisoire. Après cinq ans, le titulaire peut demander une autorisation de séjour (permis B) s'il est bien intégré (art. 84 al. 5 LEI).
Permis N — Requérant d'asile
Le permis N est attribué aux personnes ayant déposé une demande d'asile en Suisse (art. 42 de la loi sur l'asile, LAsi). Ce permis est valable pendant la durée de la procédure d'asile. Le requérant d'asile est en principe assigné à un canton et ne peut pas librement changer de lieu de résidence.
Conditions d'éligibilité
Ressortissants UE/AELE
Grâce aux accords bilatéraux, les citoyens de l'UE (Union Européenne) et de l'AELE (Association européenne de libre-échange) bénéficient de la liberté de circulation, facilitant leur installation en Suisse. Les conditions principales sont :
- Exercer une activité salariée ou indépendante en Suisse (avec contrat de travail) ;
- Disposer de ressources financières suffisantes et d'une assurance maladie si l'on ne travaille pas ;
- Pour le permis B UE/AELE : contrat de travail d'un an ou plus, ou de durée indéterminée.
- Depuis le 1er janvier 2025, les ressortissants croates qui viennent travailler en Suisse bénéficient à nouveau de la libre circulation complète des personnes.
Ressortissants d'États tiers
Aucun droit similaire n'existe pour les ressortissants d'États tiers, ceci notamment parce qu'ils n'ont pas de droit d'exercer une activité en Suisse. Ils peuvent bénéficier d'une autorisation de travail sur demande de l'employeur à de nombreuses conditions : en particulier, l'autorisation sert les intérêts économiques du pays, le contingentement est respecté, aucune personne résidant en Suisse ou dans un pays de l'UE/AELE n'a pu être trouvée pour la place en question, les conditions de travail et de rémunération usuelles sont respectées.
- Présenter un contrat de travail avec un employeur établi en Suisse ayant obtenu un quota ;
- Prouver des qualifications professionnelles suffisantes ;
- Disposer d'un logement adapté ;
- Justifier d'une assurance maladie en Suisse ;
- Ne pas avoir été condamné pénalement et ne pas menacer l'ordre public.
Conditions d'intégration
Certains cantons exigent un certificat de langue (A2/B1) pour obtenir ou renouveler un permis. Chaque canton gère ses propres règles. De façon générale, les critères d'intégration définis à l'art. 58 al. 1 LEI comprennent : le respect de la sécurité et de l'ordre publics, le respect des valeurs constitutionnelles, les compétences linguistiques, et la participation à la vie économique ou l'acquisition d'une formation.
Permis C anticipé (après 5 ans)
Lors d'une demande de permis C anticipée (après 5 ans pour les ressortissants de pays tiers), le Secrétariat d'État aux migrations (SEM) exige une intégration réussie. Certains ressortissants de pays ayant conclu des accords de réciprocité avec la Suisse (notamment plusieurs pays d'Europe occidentale) peuvent également bénéficier de délais raccourcis.
Documents requis
La liste varie selon le type de permis demandé et la nationalité du demandeur. Voici les pièces généralement exigées :
Documents communs à toutes les demandes
- Carte d'identité ou passeport national valables. Pour les ressortissants non UE/AELE, le passeport doit être valable au moins trois mois au-delà de l'échéance du titre de séjour.
- Formulaire de demande d'autorisation rempli et signé (fourni par la commune ou téléchargeable sur le site cantonal) ;
- Photo d'identité récente (format passeport) ;
- Acte de naissance et, le cas échéant, acte de mariage ou extrait de l'état civil ;
- Justificatif de domicile (bail, confirmation de logement) ;
- Attestation d'assurance maladie obligatoire en Suisse (LAMal).
Documents spécifiques selon le motif
- Activité lucrative salariée : contrat de travail signé par l'employeur, attestation salariale ou confirmation d'embauche ;
- Activité indépendante : extrait du registre du commerce (RC), plan d'affaires, preuve de ressources financières ;
- Regroupement familial : acte de mariage ou de partenariat enregistré, actes de naissance des enfants, preuve de lien de parenté ;
- Études : lettre d'admission de l'établissement d'enseignement, preuve de ressources financières suffisantes ;
- Retraite / sans activité lucrative : preuve de ressources financières suffisantes (rentes, épargne), assurance maladie ;
- Renouvellement : avis de fin de validité du titre de séjour si vous en avez reçu un de l'autorité cantonale des migrations.
Données biométriques : lors de la procédure d'octroi d'un permis de séjour, si les conditions sont remplies, le Service des migrations entreprend les démarches appropriées et le demandeur reçoit une invitation écrite à se rendre dans un centre de documents d'identité pour la saisie de ses données biométriques.
La procédure étape par étape
Étape 1 — Avant l'arrivée en Suisse (États tiers)
Pour les ressortissants d'États tiers souhaitant travailler en Suisse, l'employeur doit déposer la demande auprès de l'autorité cantonale des migrations et de l'emploi du lieu de travail avant l'entrée en Suisse. Le SEM approuve ou refuse ensuite la demande. Une fois l'autorisation accordée, un visa national (type D) peut être demandé à l'ambassade de Suisse dans le pays d'origine.
Étape 2 — Annonce à la commune de domicile
Si vous avez besoin d'une autorisation de séjour, contactez les autorités cantonales des migrations ou de l'emploi de votre commune de résidence. Vous devez déposer votre demande auprès de votre commune de résidence. Si vous êtes domicilié dans le canton de Genève, vous devez vous adresser directement au canton. Le délai pour s'annoncer est généralement de 14 jours après l'arrivée.
Étape 3 — Dépôt du dossier complet
Remettez votre dossier complet (formulaire + pièces justificatives) au contrôle des habitants de votre commune. Celui-ci transmet ensuite les documents au Service cantonal des migrations. Pour les ressortissants UE/AELE, les trois premiers mois de séjour ne nécessitent pas d'autorisation : une simple annonce en ligne auprès du Secrétariat d'État aux migrations est suffisante.
Étape 4 — Instruction par le Service cantonal des migrations
Lors de la procédure d'octroi, le Service des migrations vérifie si vous remplissez les conditions. Si c'est le cas, il entreprend les démarches appropriées. Pour les ressortissants d'États tiers, le SEM (Secrétariat d'État aux migrations, sem.admin.ch) doit donner son approbation fédérale avant que le canton ne délivre le titre.
Étape 5 — Saisie des données biométriques
Le demandeur reçoit une invitation écrite à se rendre dans un centre de documents d'identité pour la saisie de ses données biométriques. Ensuite, le permis est établi et envoyé à la commune de domicile.
Étape 6 — Retrait du permis et paiement
Le demandeur peut se rendre à la commune pour récupérer son permis et payer les émoluments dus. Le titre de séjour se présente sous la forme d'une carte plastifiée avec données biométriques.
Liens officiels utiles :
- Portail fédéral : ch.ch — Permis de séjour suisse
- Secrétariat d'État aux migrations (SEM) : sem.admin.ch
- Liste des autorités cantonales des migrations : disponible sur sem.admin.ch — contacts cantonaux
Délais et coût
Délais de traitement
| Type de demande | Délai indicatif | Remarques |
|---|---|---|
| Permis B / L UE/AELE (première demande) | 2 à 8 semaines | Selon le canton, peut être plus rapide si dossier complet |
| Permis B / L État tiers (première demande) | 4 à 12 semaines | Approbation fédérale du SEM requise |
| Permis C (délai de contrôle) | 4 à 8 semaines | Avis envoyé 1 à 2 mois avant l'échéance |
| Renouvellement permis B | 2 à 6 semaines | Déposer au plus tard 2 semaines avant l'échéance |
| Documents de voyage (SEM) | Environ 6 semaines | En raison du nombre élevé de demandes reçues, le délai de traitement habituel d'environ 6 semaines ne peut parfois pas être respecté. |
Coûts et émoluments
Les émoluments sont perçus par les cantons et varient d'un canton à l'autre. À titre indicatif :
- La taxe maximale prévue par la réglementation fédérale est de 65 francs pour l'établissement d'un permis pour étrangers. Certains cantons facturent des montants supplémentaires pour leurs frais administratifs ;
- Le SEM perçoit un émolument forfaitaire de 100 francs par document en cas de perte ou si le document est devenu inutilisable.
- Les autorités cantonales compétentes en matière de migration peuvent percevoir un émolument de 25 francs au maximum pour couvrir leurs dépenses lors de certaines procédures ;
- Pour les ressortissants d'États tiers, des frais administratifs cantonaux supplémentaires peuvent s'appliquer (souvent entre 50 et 100 CHF) — vérifier auprès de votre autorité canton